L’ancienne monnaie portugaise, de l’escudo au réal

ancienne monnaie portugaise

Avant l’euro, le Portugal a utilisé non pas une mais deux monnaies distinctes : l’escudo portugais, en circulation de 1911 à 2002, et le réal portugais, monnaie royale qui a traversé plus de cinq siècles d’histoire, de 1380 à 1911. Pour les amateurs de mots croisés, la réponse en quatre lettres est REAL. Le taux de conversion officiel, fixé définitivement le 31 décembre 1998, est de 200,482 escudos pour 1 euro. Si vous avez encore des escudos dans un tiroir, bonne nouvelle : la Banque du Portugal les échange toujours.

🏅 Ce qu’il faut retenir

Deux monnaies avant l’euro : le réal (1380-1911), puis l’escudo (1911-2002)
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Taux de conversion fixe

200,482 escudos = 1 euro, taux irrévocable depuis 1998

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Échange encore possible

La Banque du Portugal accepte toujours vos anciens escudos

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Un héritage mondial

Le réal portugais est l’ancêtre direct du real brésilien actuel

Le cours légal de l’escudo a pris fin le 31 mars 2002, mais sa valeur de collection peut largement dépasser sa valeur faciale convertie.
Monnaie Période Unité de base Contexte de création
Réal portugais 1380 à 1911 Réis (pluriel de real) Monarchie, Ferdinand Ier
Escudo portugais 1911 à 2002 100 centavos République, remplacement du réal
Euro 2002 à aujourd’hui 100 centimes Zone euro, 11 pays fondateurs

L’escudo portugais, quelle monnaie était-ce exactement ?

L’escudo naît officiellement le 22 mai 1911, quelques mois après la révolution républicaine du 5 octobre 1910 qui met fin à la monarchie portugaise. Il remplace le réal au taux de 1 escudo = 1 000 réaux et se divise en 100 centavos, les Portugais appelant couramment ces centimes des tostões. L’expression populaire « não tenho um tostão », « je n’ai pas un rond », a traversé les décennies bien au-delà de la monnaie elle-même.

Les billets en circulation portent les figures emblématiques de l’âge d’or portugais : Vasco de Gama, Henri le Navigateur, des caravelles et des sphères armillaires. Ce choix iconographique n’est pas anodin. Il ancre la monnaie dans la mémoire collective des grandes explorations des XVe et XVIe siècles, une façon de rappeler la puissance passée du pays à travers chaque billet.

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Le symbole $ de l’escudo

L’escudo possède une particularité graphique que peu de monnaies partagent : son symbole est le signe $, identique en apparence au dollar américain, mais utilisé d’une façon radicalement différente. Il ne précède pas le montant, il s’intercale entre les escudos et les centavos.

Concrètement, la notation fonctionne ainsi :

  • 675$00 correspond à 675 escudos et zéro centavo
  • 675$50 correspond à 675 escudos et 50 centavos

Ce signe est un héritage graphique propre à la monnaie portugaise, sans lien avec le dollar. Les Portugais n’ont jamais eu besoin de l’expliquer entre eux, mais il désorientait régulièrement les voyageurs étrangers qui découvraient cette notation sur les prix affichés dans les commerces.

L’escudo sous l’Estado Novo et après la Révolution des Œillets

Sous le régime de Salazar, l’escudo connaît une période de relative stabilité. Le Portugal, neutre durant la Seconde Guerre mondiale, voit même sa devise jouer un rôle de monnaie refuge en Europe, notamment grâce aux flux d’or liés au commerce de tungstène avec les deux camps. Une position paradoxale pour un pays économiquement modeste.

La Révolution des Œillets du 25 avril 1974 change le régime politique, mais pas la monnaie. L’escudo survit à la décolonisation, à l’entrée dans la CEE en 1986, puis aux dévaluations des années 1980 et 1990, documentées en 1983, 1992, 1993 et 1995. Ces dévaluations successives poussent les valeurs faciales vers le haut : les billets de 5 000 et 10 000 escudos deviennent progressivement la norme dans les portefeuilles.

Le réal portugais a-t-il un lien avec le real brésilien ?

Oui, et le lien est direct. Le réal portugais est l’ancêtre monétaire et linguistique du real brésilien (BRL), la monnaie nationale du Brésil aujourd’hui. Ce n’est pas une coïncidence de nom : quand le Brésil a choisi de rebaptiser sa monnaie « real » en 1994 après des décennies d’instabilité avec le cruzeiro, il a consciemment renoué avec cet héritage colonial.

Cinq siècles de circulation du réal

Pièces d'or anciennes époque coloniale portugaise

Le réal est introduit vers 1380 par le roi Ferdinand Ier. Son nom signifie simplement « royal » en portugais. Il devient la monnaie nationale officielle en 1433 et restera en usage pendant plus de 530 ans, ce qui en fait l’une des devises les plus durables de l’histoire européenne.

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Sous Jean Ier, deux types de pièces coexistent :

  • Le real branco, en or, réservé aux grandes transactions et à la thésaurisation
  • Le real preto, en argent, pour les échanges commerciaux courants

La découverte des mines d’or de Minas Gerais au Brésil, à la fin du XVIIe siècle, inonde le Portugal de métal précieux. Paradoxalement, cet afflux massif provoque davantage d’inflation et de désindustrialisation qu’il ne consolide l’économie. Les grandes constructions baroques de l’époque, dont le monastère de Mafra, illustrent cette richesse aussi spectaculaire qu’éphémère.

Au XIXe siècle, la modernisation s’accélère : les premiers billets apparaissent en 1798, la Banque du Portugal obtient le monopole d’émission des billets en 1847, et le système se décimalise avec l’introduction du mil-réis en 1837. Le réal disparaît avec la proclamation de la République en 1910.

Mil-réis et conto de réis, des expressions toujours vivantes

Quand l’escudo remplace le réal en 1911, les Portugais ne changent pas leur façon de parler du jour au lendemain. Puisque 1 escudo vaut 1 000 réaux, l’escudo continue d’être appelé « mil réis » dans le langage populaire pendant des années.

Plus remarquable encore, l’expression « um conto de réis » (littéralement un million de réaux, soit 1 000 escudos) survit non seulement à la République, mais aussi au passage à l’euro. Au Portugal, le mot « conto » s’entend encore informellement dans les conversations, utilisé comme unité de référence approximative. C’est l’un des signes les plus nets de l’enracinement du réal dans la langue et la culture portugaises, bien au-delà de sa disparition officielle.

Combien valent vos anciens escudos en euros aujourd’hui ?

Le taux de conversion est définitif et ne changera plus : 200,482 escudos = 1 euro. Ce taux a été fixé irrévocablement le 31 décembre 1998, quand le Portugal a rejoint les onze pays fondateurs de la zone euro. Pour un calcul rapide, diviser par 200 donne une bonne approximation.

Si vous avez conservé des billets ou des pièces, sachez que la Banque du Portugal accepte encore leur échange contre des euros, au taux officiel ci-dessus. Cette possibilité reste ouverte sans date limite annoncée, ce qui distingue le Portugal de certains pays qui ont fermé la fenêtre d’échange quelques années après leur passage à la monnaie unique. Il suffit de se présenter directement auprès de l’institution avec vos anciens escudos.

Les pièces et billets en escudos ont-ils une valeur de collection ?

La valeur faciale convertie (le tableau ci-dessus) et la valeur numismatique sont deux choses bien distinctes. Un billet de 1 000 escudos vaut environ 4,99 € au taux officiel, mais peut atteindre plusieurs dizaines d’euros sur le marché des collectionneurs selon son état et son année d’émission.

Les pièces les plus recherchées sur le marché de collection sont :

  • Les émissions commémoratives en argent ou en or liées aux grandes dates de l’histoire portugaise
  • Les pièces frappées sous la monarchie, notamment sous le règne de Marie II (1834-1853)

À titre d’exemple, une pièce de 20 réis frappée en 1873 sous Marie II se négocie autour de 39 euros dans les circuits spécialisés, soit près de huit fois sa valeur faciale convertie. Trois critères déterminent la cote d’une pièce : l’état de conservation, la rareté de l’émission et la période historique. Une pièce en parfait état tirée à quelques milliers d’exemplaires vaut incomparablement plus qu’un billet courant des années 1980 usé par la circulation.

Pour estimer la valeur réelle d’une pièce ou d’un billet, les catalogues numismatiques spécialisés et les plateformes de vente entre collectionneurs restent les références les plus fiables, bien plus que la simple conversion au taux officiel.

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Benoit Martilleni

Passionné par l'économie et l'entrepreneuriat depuis plus de dix ans, je décrypte au quotidien les sujets liés à la finance, au marketing et à la gestion d'entreprise. Mon objectif : rendre accessibles des notions souvent complexes et partager des analyses concrètes, ancrées dans la réalité du terrain. À travers ce blog, j'explore les stratégies qui fonctionnent, les tendances qui transforment les marchés et les leviers utiles aux porteurs de projets comme aux dirigeants confirmés.

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